MUSTANGS : LES CHEVAUX SAUVAGES DE L’OUEST AMÉRICAIN MENACÉS ?

MUSTANGS : LES CHEVAUX SAUVAGES DE L’OUEST AMÉRICAIN MENACÉS ? septembre 5, 2026 Vanessa DUBOST Ils incarnent la liberté et les grands espaces américains. Pourtant, les mustangs sont aujourd’hui au cœur d’un débat qui oppose protection animale, préservation des écosystèmes et activités humaines. Des milliers de chevaux vivant en liberté sont capturés chaque année. Mais que se passe-t-il réellement aux États-Unis ? Des chevaux devenus symboles de l’Amérique Crinière au vent, galop dans les plaines arides : le mustang est indissociable de l’imaginaire de l’Ouest américain. Pourtant, contrairement à ce que son image pourrait laisser penser, le mustang n’est pas une espèce sauvage originaire d’Amérique du Nord. Ses ancêtres ont été introduits par les Européens, notamment les Espagnols, à partir du XVIe siècle. Certains chevaux se sont échappés ou ont été relâchés et ont progressivement formé des populations vivant en liberté. Au fil des siècles, ces chevaux se sont adaptés aux conditions parfois extrêmes de l’Ouest. Aujourd’hui, ils constituent l’un des symboles les plus forts du patrimoine naturel américain. Quand les populations deviennent difficiles à gérer Le problème est aujourd’hui principalement démographique. Sur certaines terres publiques de l’Ouest, les populations de chevaux sauvages ont augmenté au-delà du niveau considéré comme soutenable par les autorités. Dans ces régions arides, l’eau et la végétation sont limitées et doivent être partagées avec la faune sauvage, mais aussi avec les troupeaux d’élevage. Le Bureau of Land Management (BLM) est chargé de gérer une grande partie de ces populations. Pour limiter leur croissance, l’agence organise régulièrement des opérations de capture. Les chevaux sont alors retirés de leur environnement naturel. Certains sont proposés à l’adoption, tandis que d’autres restent dans des structures de détention. Et c’est là que le système atteint ses limites. Des captures qui suscitent la controverse Pour les autorités américaines, ces opérations répondent à un objectif de gestion des territoires et de protection des écosystèmes. Les associations de protection animale contestent cependant le recours à des captures massives et s’inquiètent du devenir des chevaux une fois retirés de leur milieu naturel. Elles défendent notamment le recours à des méthodes de contrôle des naissances, afin de réduire progressivement les populations sans multiplier les captures. La contraception constitue aujourd’hui l’une des pistes étudiées pour parvenir à un meilleur équilibre. Elle nécessite toutefois un suivi régulier des troupeaux et ne constitue pas une solution immédiate. Un conflit qui dépasse la cause animale Derrière le destin des mustangs se joue en réalité une question beaucoup plus large : quelle place les États-Unis veulent-ils accorder à la nature sauvage sur leurs terres publiques ? Dans l’Ouest américain, les espaces sont convoités par de nombreux acteurs. Éleveurs, défenseurs de la biodiversité, autorités publiques et associations de protection animale ne partagent pas toujours la même vision de leur utilisation. Le changement climatique et les épisodes de sécheresse compliquent encore la situation en accentuant la pression sur les ressources naturelles. Le débat ne consiste donc pas simplement à choisir entre « sauver les chevaux » ou « protéger les écosystèmes ». Il s’agit de trouver un équilibre permettant aux mustangs de continuer à vivre en liberté tout en préservant les territoires dont dépendent également les autres espèces. LES CHIFFRES À RETENIR Des dizaines de milliers de chevaux sauvages et de burros vivent sur les terres publiques américaines. Le BLM assure la gestion d’une grande partie de ces populations dans plusieurs États de l’Ouest. Dans certaines régions, la disponibilité de l’eau et de la végétation est au cœur des tensions entre chevaux sauvages, faune et élevage. LE SAVIEZ-VOUS ? Le mot mustang vient de l’espagnol mestengo, qui désignait notamment un animal errant ou vivant en liberté. Et contrairement à l’image du cheval solitaire galopant dans le désert, les mustangs sont des animaux sociaux. Ils vivent généralement en groupes familiaux et entretiennent des relations durables avec leurs congénères. Préserver les mustangs, mais aussi leur territoire Le paradoxe est frappant : les mustangs sont devenus l’un des symboles de la liberté américaine, alors que leur avenir dépend aujourd’hui largement de décisions humaines. La question n’est donc plus seulement de savoir combien de chevaux peuvent vivre sur ces terres, mais comment leur permettre d’y rester sans compromettre l’équilibre des écosystèmes. Entre captures, adoption, contraception et protection des habitats, les solutions sont complexes et aucune ne fait consensus. Mais derrière les chiffres et les controverses, il reste une évidence : un mustang n’est pas un simple animal « en trop ». C’est un être vivant, social, qui fait désormais partie de l’histoire et du paysage américain. L’enjeu sera peut-être, demain, de ne plus opposer la liberté des chevaux à la protection de la nature, mais de trouver enfin une manière de les faire coexister.
Vanessa Von Zitzewitz, l’élégance brute du cheval

Vanessa Von Zitzewitz, l’élégance brute du cheval août 11, 2026 Vanessa DUBOST Face à l’objectif de Vanessa von Zitzewitz, le cheval n’est ni symbole ni décor. Il est là, pleinement. Dans un espace épuré, presque silencieux, la photographe capte quelque chose de simple et rare : une présence vivante, qui ne triche pas. Il suffit de quelques secondes devant une photographie de Vanessa von Zitzewitz pour comprendre que rien n’est forcé. Le cheval ne “pose” pas vraiment. Il est là, attentif, parfois ailleurs, parfois tendu — toujours entier. Avant d’en arriver à cette épure, le parcours de la photographe s’est construit dans un univers où l’image est pensée dans ses moindres détails. Ses premières collaborations avec des maisons comme Cartier ou Graff révèlent déjà un sens aigu de la composition et de l’élégance. Très vite, elle est amenée à photographier des personnalités comme la princesse Charlène de Monaco, Pharrell Williams, Carla Bruni ou encore Rafael Nadal. Des visages connus, habitués à l’objectif — mais avec lesquels elle cherche déjà autre chose qu’une simple image maîtrisée : une présence. Cette recherche va progressivement devenir centrale. Issue de la photographie de mode, Vanessa von Zitzewitz garde une exigence visuelle forte : fonds sobres, lumière précise, cadrages nets. Tout est en place. Mais face aux chevaux, quelque chose change. Ou plutôt, quelque chose résiste. Un frémissement. Une oreille qui pivote. Un regard qui se dérobe. Ces détails-là ne se dirigent pas. Ils arrivent. Son travail a souvent exploré les contrastes — entre corps et décor, entre contrôle et lâcher-prise. On pense à ses séries comme Catwalk ou Snake, où l’eau devient un élément perturbateur, presque imprévisible. Ou encore à Dancing with Elephants, hommage à Richard Avedon, où la relation entre l’humain et l’animal prend une dimension presque chorégraphique.Mais avec les chevaux, le rapport semble plus direct, plus silencieux. Il n’y a pas d’effet spectaculaire, pas de mise en scène envahissante. Le cheval est souvent seul, presque face à nous. Cela crée une proximité particulière. On n’est plus dans une image à regarder de loin — on est dans une rencontre. On regarde, mais on a aussi l’impression d’être regardé. La lumière vient souligner sans jamais dominer. Elle suit les lignes du corps, révèle la puissance sans la dramatiser. Il y a une forme de respect dans cette manière de montrer, comme si la photographe cherchait à ne pas prendre trop de place. Et c’est sans doute là que son travail touche quelque chose de juste. Entre maîtrise et abandon, entre esthétique et présence, Vanessa von Zitzewitz construit un espace où l’animal peut exister sans être réduit à une idée ou à un symbole. Sa passion pour les animaux, profondément ancrée dans son parcours, se ressent ici sans discours — simplement dans la manière de regarder. Aujourd’hui exposée dans le monde entier — de Paris à Tokyo, en passant par Art Basel, Paris Photo ou encore Fotografiska — elle continue de développer une œuvre reconnue, mais qui garde cette qualité rare : ne pas écraser son sujet. Ses photographies ne cherchent pas à impressionner. Elles invitent plutôt à ralentir. À se tenir, un instant, face à un être vivant. Et à accepter de simplement le voir.